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La caméra infrarouge, fiable pour détecter la Covid? Faux

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Pandémie oblige, les caméras thermiques ou caméras infrarouges se sont multipliées dans des points d’entrée comme les aéroports et dans divers lieux publics. La fiabilité de ces appareils pour repérer les individus qui ont de la fièvre —et sont donc potentiellement porteurs du fameux virus — est toutefois douteuse. Le Détecteur de rumeurs explique pourquoi.

 

Une caméra thermique a pour fonction d’enregistrer les « ondes de chaleur » (ou rayonnement infrarouge) émises par tout ce qui nous entoure, incluant les êtres humains. Placée dans un lieu de passage, comme le hall d’un édifice, elle peut donc détecter, parmi les différents visiteurs, ceux dont la température corporelle est plus élevée que la normale. Mais il y a trois problèmes.

 

1. La température corporelle fluctue

On dit souvent du corps humain qu’il fonctionne comme le thermostat d’une maison : dès que sa température interne augmente ou baisse, une foule de mécanismes physiologiques se mettent en branle dans le but de la ramener à sa valeur d’équilibre, soit environ 37 °C. La fièvre, qu’on définit par une température au repos de 38 °C et plus, se manifeste lorsque le corps se défend contre une agression virale. C’est ce que peut détecter une caméra thermique.

En pratique, toutefois, de nombreux facteurs font varier la température interne, comme l’âge, le sexe, le moment de la journée, la prise de médicaments et la fébrilité; autant de facteurs qui peuvent déclencher des faux positifs (la caméra détecte une fièvre qui n’en est pas une), ou des faux négatifs (la caméra ne détecte pas d’anomalie alors qu’il y en a une). Même le niveau d’activité physique et la moiteur de la peau ont leur importance. Une caméra thermique ne mesure d’ailleurs pas la température interne, mais bien celle de la surface de la peau, qui est un tout petit peu moins élevée.

Certains chercheurs affirment que seule la température au coin interne de l’œil semble pouvoir être corrélée avec la température interne. Une cible minuscule, pas facile à mesurer avec un tel appareil.

 

2. La qualité des mesures est variable

La température d’une pièce, sa ventilation, son taux d’humidité et la contamination par d’autres sources de chaleur, sont autant de sources d’interférences pour les caméras thermiques, souligne la Food and Drug Administration (FDA) dans une page explicative qui, publiée dans le contexte de la pandémie, rappelle les avantages et les limites de cette technologie. On y lit par exemple que les résultats sont imprécis quand la caméra observe un ensemble de personnes dans un espace encombré. En outre, certains appareils sont plus performants que d’autres et les mesures doivent être effectuées dans un ordre et d’une façon spécifique, selon un document du programme Santé de l’Union européenne publié en 2019.

L’Organisation internationale de normalisation (ISO) avait proposé deux ans plus tôt des lignes directrices qui tiennent compte de ces réalités. Par exemple, il est recommandé de mesurer la température d’une seule personne à la fois, dans une logique de triage — un cas suspect est isolé, puis investigué à l’aide de technologies plus fiables, comme un thermomètre oral.

Cela n’empêche pas que la demande de caméras thermiques est en hausse depuis le début de la pandémie, alors qu’elles sont commercialisées comme des dispositifs de détection de masse.

 

3. Les asymptomatiques passent au travers des mailles du filet

On ignore le pourcentage exact de porteurs asymptomatiques de la COVID-19 (ils étaient estimés à 16% dans un avis publié par l’Institut national de santé publique du Québec en mai dernier). Mais il est certain que, puisqu’ils ne font pas de fièvre, ils ne seront pas « interceptés » par une caméra thermique.

S’ajoutent à cela ceux qui n’ont pas encore de symptômes, en raison de la période d’incubation du coronavirus. Dans une étude publiée dès le 30 janvier (et non révisée par les pairs), des chercheurs de l’École d’hygiène et de médecine tropicale de Londres avaient estimé que pour 100 voyageurs infectés par la COVID-19 au terme d’un vol de 12 heures, 42 passeraient avec succès le test de la caméra thermique autant à l’entrée qu’à la sortie de l’avion.

C’est notamment pour cette raison que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne recommande pas l’utilisation de caméras thermiques comme « moyen de dépistage à l’entrée » auprès des voyageurs. « Le seul contrôle de la température, à la sortie comme à l’entrée, n’est pas un moyen efficace pour arrêter la propagation internationale », écrivait-elle dans un communiqué en janvier, remis à jour à la fin-février. « En outre, ces mesures demandent des investissements importants qui pourraient n’avoir que peu de bénéfices. »

 


Cet article a initialement été publié sur le site de l’Agence Science-Presse.


 

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