DÉPISTER LA DÉSINFO

Vérification éclair - pas de documents sur le coronavirus?

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Dans le lot de fausses nouvelles et affirmations douteuses qui circulent, plusieurs peuvent être déboulonnées en quelques étapes faciles. Il n’est pas toujours nécessaire de procéder à une longue vérification des faits. Afin d'opérer un premier tri, les assistants du Détecteur de rumeurs vous proposent, à travers ces réponses courtes à nos lecteurs, quelques astuces faciles à utiliser par tout le monde.

La question

Un lecteur nous a fait parvenir le PDF suivant d’une lettre du bureau d’accès à l’information du ministère canadien de la Santé, se demandant si ce document était « legit » (l’image ci-dessous ne montre qu’un extrait de la lettre).

 

 

Notre réponse

Cette publication est en effet étrange. Mon premier réflexe a été de vérifier qui était Christine Massey, qui a publié cette réponse de Santé Canada à sa demande d’accès à l’information sur « l’isolation » du coronavirus.

Son profil Twitter nous informe qu’elle relaie plusieurs des théories du complot en lien avec la pandémie (elle nie entre autres l’existence du virus et le fait que celui-ci rende les gens malades). C’est donc pour moi un premier drapeau rouge.

Cela dit, le document signé par Santé Canada peut bel et bien être authentique. À la suite de la demande d’accès à l’information de Christine Massey visant à obtenir des documents en lien avec « l’isolation » du virus SARS-COV-2, Santé Canada peut lui avoir répondu ne pas avoir trouvé de documents correspondant à sa demande.

Comme j'ignore ce que veut dire « l'isolation du virus », j'ai interrogé un virologue, qui m'a expliqué que, telle que formulée, la lettre de Mme Massey comporte un problème : elle demande des documents liés à l’isolation du virus, mais en spécifiant d’exclure ceux qui réfèrent à la culture, à l’amplification ou au séquençage génétique du virus. Or, sans une étape d’amplification, il n’est pas possible d’isoler un virus d’un hôte. Il est donc peu probable que des documents traitant d’isolation du virus ne contiennent pas de référence à leur amplification.

Dans un billet de blogue, Mme Massey fournit elle-même une explication de la réponse de Santé Canada. Dans l’échange complet par courriel, Santé Canada précise que ce type d’information n’est pas typiquement évalué par eux dans le cadre de leurs activités d’autorisation de produits de santé. Autrement dit, Santé Canada ne travaille pas directement avec des échantillons de patients ni avec le virus SARS-COV-2. C’est plutôt le travail des chercheurs : deux équipes canadiennes (l’une de l’Université de Saskatchewan, et l’autre de trois universités ontariennes) ont d’ailleurs isolé le virus avec succès.

En règle générale, une demande d’accès à l’information a plus de chance d’obtenir une réponse si elle est large  (par exemple, « je veux tous les documents de Santé Canada qui font mention de la Covid-19 »). Le demandeur doit ensuite lui-même faire le tri de ce qui l’intéresse. Dans cet exemple, l’auteure liste plutôt une foule de restrictions (je veux tous les documents sauf ceux qui touchent à x, y et z). Conclure ainsi que le virus n’existe pas parce que Santé Canada n’a pas en sa possession de tels documents, est donc réducteur.

 

 

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