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Vérification éclair - Un vaccin qui peut changer nos gènes?

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Dans le lot de fausses nouvelles et affirmations douteuses qui circulent, plusieurs peuvent être déboulonnées en quelques étapes faciles. Il n’est pas toujours nécessaire de procéder à une longue vérification des faits. Afin d'opérer un premier tri, le Détecteur de rumeurs vous propose, à travers ces réponses « éclair » aux lecteurs, quelques astuces faciles à utiliser.
La question

Une lectrice, Louise, nous a fait suivre « un texte antivaccin d’une certaine naturopathe allemande » qui prétend que le « futur vaccin contre les coronavirus » aurait l’intention de « changer [notre] matériel génétique ».

Notre réponse

Bonjour Louise,

La première question, après avoir lu son réquisitoire, serait: mais qui est donc cette prétendue naturopathe allemande, Anette Lillinger?

Google m’a curieusement été de peu d’utilité pour me faire une idée de son identité. Impossible de remonter à la source même de ce message qui, par ailleurs, a été décliné (et déboulonné) dans plusieurs autres langues, comme l’anglais. Sur Facebook, je constate que la version francophone de ladite lettre a été largement diffusée sur des groupes antivaccins.

Je souligne que la pratique de la naturopathie, ou « médecine naturelle », n’est pas régie par un ordre professionnel au Québec. Il n’y a donc aucune obligation pour les naturopathes d’être membres d’une association ou d'une fédération qui encadrerait la profession. Le premier venu peut prodiguer, sous ce titre, des conseils de santé à des patients. Bref, ça part bien mal.

Dans sa charge, l’auteure parle de « vaccins mARN de dernière génération [qui] changent le matériel génétique individuel [...], ce qui représente une manipulation génétique ». Sans être un spécialiste, on peut se référer aux différentes recensions des vaccins en cours d’élaboration, et supposer qu’elle fait (ou faisait, quand son message a été écrit) référence au mRNA-1273 de la société de biotechnologie Moderna, un parmi plus de 200 vaccins actuellement testés contre la COVID-19.

Ce vaccin-là a d’ailleurs fait parler de lui cet été. Au terme de l’essai de phase I, aucun signe de toxicité sérieuse n’y a été décelé, ce qui semble confirmer qu’il est sécuritaire. L’essai de phase II, qui vise à établir l’efficacité du vaccin sur un nombre limité de patients, est en cours de même que l’essai de phase III, qui demande le recrutement de 30 000 patients.

Une recherche rapide nous apprend que ce type de vaccin est relativement nouveau dans le paysage —outre la trentaine contre la COVID-19 actuellement à l’étude, d’autres le sont pour les cancers et les grippes. Mais il est faux de dire qu’il change le matériel génétique. En fait, l’ARN, l’une des deux formes sous lesquelles le matériel génétique se présente, intervient dans l’assemblage des protéines. Celui qu’on appelle l’ARN messager, ou ARNm en français, fait le pont entre le noyau des cellules —là où se situe l’ADN— et le lieu d’assemblage des protéines. Ce « messager » transporte en quelque sorte une recette, un code, avant d’être rapidement dégradé par l’organisme.

Contrairement à des vaccins classiques, les vaccins à base d’ARNm ne font pénétrer aucune version désactivée d’un microbe dans l’organisme visant à stimuler la production d’anticorps. L’approche est plus subtile : on introduit plutôt une recette virale par l’entremise d’ARNm dans le but de stimuler le système immunitaire. C’est d’ailleurs là leur principal avantage : ils n’impliquent pas que l’on cultive des morceaux affaiblis d’un microbe en laboratoire, ce qui est long et coûteux. La cerise sur le sundae : les vaccins ARNm seraient même plus sécuritaires.

Mais outre le fait que rien ne garantit à l’heure actuelle que ce sera ce vaccin-là qui emportera la course —ni même si un vaccin l’emportera— plusieurs autres détails de cette missive font tiquer, comme la notion d’élimination de toxines par le corps humain et la citation du Dr Wolfgang Wodarg, un appel à l’autorité douteux, considérant que le médecin, un personnage médiatique contesté, doute de l’existence même de la COVID-19, ce qui lui a valu une volée de bois vert en Allemagne.

Photo: Représentation d’artiste de l’ARN messager. Laphroaig1991 / Wikipedia Commons


Cet article a initialement été publié sur le site de l’Agence Science-Presse.


 

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