COVID-19 : évaluer les risques d’être infectés en fonction des lieux

Si on craint d’attraper la Covid, tous les lieux et toutes les circonstances ne présentent pas un risque de contagion équivalent. Peut-on évaluer les situations qui nous placent le plus à risque ? Et les situations où l’on n’a, vraiment, aucune raison de s’inquiéter ? Survol.  
Combien de virus faut-il absorber ? 

Le coronavirus est un virus de grande taille qui pénètre surtout par les voies nasales et ne migre pas immédiatement dans les poumons. Si, en théorie, un seul virus peut quand même suffire à rendre malade s’il parvient à infecter une cellule nasale et s’y reproduire, les chances qu’il y parvienne et provoque une infection sévère sont extrêmement minces, voire négligeables. Car pour pénétrer une cellule, le virus doit rencontrer le bon récepteur cellulaire et parvenir à s’y accrocher, ce qui n’est pas si fréquent. Les chances que cela se produise augmentent avec le nombre de virus dans l’air inspiré.  

 On ne connaît pas la dose infectieuse minimale pour le SARS-Cov2, mais en se basant sur les autres coronavirus associés à de la détresse pulmonaire, on estime qu’elle pourrait se situer entre quelques centaines et quelques milliers. En outre, les infections à faibles doses peuvent demeurer locales (dans le nez), et passer inaperçues. Les premiers systèmes de défense de l’organisme (protection due aux cellules épithéliales des voies nasales, élimination mécanique par les cellules ciliées et immunité innée non spécifique) agiront alors pour contrer la maladie.  

 

 

Évaluer le niveau de risque 

Pour établir le niveau de risque relatif de différents environnements (salle de toilettes publiques, ateliers, mariages, funérailles et autres grands rassemblements familiaux, réunions de travail, restaurants, transports en commun, etc.), Erin Bromage, biologiste de l’Université de Dartmouth, propose un calcul, en partant de l’hypothèse (plausible) qu’il faille respirer environ 1000 virus pour dépasser les capacités naturelles de notre défense immunitaire. Cette dose, écrit-il, peut être atteinte si vous aspirez une bouffée d’air chargée de plus de 1000 virus, ou au contraire, dix inspirations qui vous transmettent 100 virus chacune.  

Quand une personne éternue, elle peut disperser autour d’elle quelque 30 000 gouttelettes, contenant jusqu’à 200 millions de virus. On dépasse largement la dose minimale infectieuse. Heureusement, les plus grosses gouttelettes tombent rapidement vers le sol, dans le premier 1,2 mètre environ, d’où la recommandation de se tenir à deux mètres de distance, de tousser dans son coude, et de porter un couvre-visage.   

Restent les gouttelettes émises par la simple respiration. Contrairement à la toux ou aux éternuements, ces gouttelettes sont émises à basse vitesse, sur de très courtes distances. On ne connaît pas la charge virale moyenne de SARS-Cov2 transmise par la respiration, mais on sait que, pour le cas de l’influenza, un virus beaucoup plus petit, la charge moyenne ne dépasse guère 33 virus par minute. Pour la Covid, elle serait probablement inférieure à 20. Pour atteindre le chiffre de 1000 virus, il faudrait donc qu’une personne respire cet air contaminé pendant 50 minutes ! 

 

Si la personne parle à voix haute, la densité virale peut être multipliée par 10. Dans ce cas, vous êtes à risque si vous demeurez près d’elle, dans un espace non ventilé, pendant plus de 5 minutes. 

Quelles sont les situations à haut risque ? 

Parmi les lieux qui ont été le plus fortement associés à la transmission de la maladie, on compte surtout les centres de traitement des personnes âgées ou les personnes occupent en permanence une chambre de dimension modeste, où l’air circule peu.  Or, beaucoup de ces patients sont immunodéprimés, et ont donc des charges virales très élevées. On note aussi les prisons et les abattoirs (identifiés comme lieux de transmission importants tant au Québec qu’ailleurs).  

Des contagions importantes ont aussi eu lieu lors d’événements tenus à l’intérieur, avec des gens proches les uns des autres, des conversations animées, des personnes qui criaient ou qui chantaient. On se souviendra par exemple du rôle qu’a joué un mariage avec plus de 250 invités, dans la synagogue Shaar Hashomayim, de Westmount, dans le début de la pandémie à Montréal. « Tout environnement clos, avec peu de circulation d’air et beaucoup de personnes enfermées attire les problèmes », écrit Erin Bromage. Plus on y passe de temps, et plus le risque augmente.  

Plusieurs autres exemples de « super contagions » ont été décortiqués par les épidémiologistes au fil des derniers mois. Notamment le cas d’un centre d’appel de Corée, où 216 travailleurs étaient entassés sur un même étage, dont 94 ont été infectés. Ou celui d’un restaurant de Guangzhou (Canton) où neuf personnes ont été infectées ; dans ce cas, plusieurs ne partageaient pas la table de la personne qui a apporté la maladie, mais elles ont passé une heure et une heure et demie dans le resto, et leur table était située dans le trajet de circulation de l’air climatisé. 

Et qu’en est-il des rues et des parcs ? 

En conclusion, tout est une question de charge virale, de distance, et de temps d’exposition. Et le risque augmente ou baisse en fonction de ces trois facteurs. Si vous êtes dans un endroit bien ventilé, avec relativement peu de gens, le risque est très faible. Et si vous croisez quelqu’un sur la rue ou dans un parc, même à moins de deux mètres, ne paniquez pas ! Le temps de contact est très court. À l’extérieur, il vous faudrait être dans la traînée d’air de quelqu’un pendant plus de cinq minutes (et à moins de 2 mètres) pour être infecté… à condition qu’il parle. Sinon, le temps requis sera jusqu’à dix fois plus long ! 

Un calcul qui vaut aussi pour les magasins à grande surface, où l’air circule et chaque rencontre ne dure que quelques secondes… sauf pour les employés qui, eux, y passent toute leur journée, précise Erin Bromage.  

Pour en savoir plus sur la propagation des particules virales dans des espaces clos, voir l’expérience menée pour la télévision japonaise

 


Cet article a initialement été publié sur le site de l’Agence Science-Presse.


 

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